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Saturday, October 30, 2021

L’Art de vivre.
Saint Sophrony l’Athonite.

 

Saint Sophrony l'Athonite.
    Je nourris toujours un petit espoir que l'humanité se fatiguera de la haine et aspirera à la paix véritable. Alors il nous sera plus facile de vivre: nous pourrons nous écrire et même nous rencontrer «pour de vrai». Mais pour le moment les gens ont «préféré les ténèbres» de la haine «à la lumière» de l'amour et de la paix (cf. Jean 3, 19).

J’ai toujours pensé (quand j'étais encore un «artiste») et je pense encore que l'art le plus haut est l'art de vivre. Les gens manifestent souvent de grands dons de maîtrise de soi, et quand ils se plongent dans leur travail créateur ils vont jusqu'à maîtriser de très subtils mouvements de doigts (chez les musiciens), à peser avec précision le moindre mot (chez les poètes et les écrivains), à trouver des nuances de ton à peine perceptibles (chez les peintres). Mais voilà, dans la vie presque tous ces «artistes» s'avèrent tout à fait incapables de maîtriser non seulement les plus insignifiants détails de leur vie intérieure, de leurs émotions ou du fil de leurs pensées, mais même de tenir en bride leurs passions les plus grossières.

Saturday, February 6, 2021

Suivre le Christ.
Saint Sophrony l’Athonite.

             

Fresque de la Présentation du Seigneur au temple.
Osios Loukas. Grèce.

Avec notre Dieu, tout est "à l'envers", "sens dessus dessous": la manière de penser du monde ne s'applique pas à la vie chrétienne.

Plus nous sommes attentifs à tout ce qui traverse notre esprit et pénètre dans notre cœur, mieux il nous faut connaître la voie menant à l'entrée du "sanctuaire de Dieu". Or, plus nous sommes attentifs, et plus nous avons l'impression que non seulement nous ne progressons pas spirituellement, mais que, bien au contraire, nous devenons toujours pires.

Quel paradoxe.!.. Plus grand est notre progrès, et plus nous sommes conscients de notre nullité. Ainsi, nous ne voyons pas de progrès dans notre vie ici: les années passent, et l'on se voit toujours le même, encore pire qu'avant.!.. Voilà pourquoi il nous faut connaître la voie jusqu'au bout.

Il y a dans ce livre génial, "Klimax" (L'Echelle), de saint Jean Climaque, un passage que je voudrais vous faire lire.Il s'agit d'un extrait de la Lettre au Pasteur.

"C'est de force spirituelle, vénérable Père, que nous avons besoin avant tout, afin que nous puissions prendre par la main et délivrer de la foule des pensées ceux que nous avons essayé d'introduire dans le Saint des Saints, et à qui nous avons entrepris de montrer le Christ reposant sur la Table mystique et sacrée, quand nous les verrons tourmentés et affligés par la foule des pensées qui veulent les arrêter, surtout quand ils sont sur le seuil, devant l'entrée.

Saturday, January 23, 2021

La prière, victoire sur la tragédie.
Saint Sophrony l’Athonite.

 

    
    C'est dans ma jeunesse que j'ai rencontré pour la première fois la notion de tragédie. Non dans mon expérience de la vie, mais dans mes lectures. Je la concevais comme quelque chose qui se présente à l'esprit de l'homme et le captive totalement. Jadis, cet objet d'attraction s'appelait «idéal». Pour atteindre ce qu'il a saisi intuitivement, l'homme est prêt à tous les efforts, à tous les sacrifices, même jusqu'à risquer sa vie. Cependant, lorsqu'il parvient au but, une cruelle déception l'attend: la réalité ne correspond pas à ce qu'il avait entrevu. La désillusion qui s'ensuit naturellement blesse son esprit, et tout se termine par une mort douloureuse et bien souvent odieuse.

Divers idéaux se présentent aux hommes forts. Souvent, c'est la soif du pouvoir, comme ce fut le cas de Boris Godounov. Dans la lutte pour réaliser sa secrète ambition, suivant l'exemple de ses nombreux prédécesseurs au cours des âges, il n'hésita pas à verser le sang. Mais lorsqu'il arriva à ses fins, il réalisa qu'il n'avait pas obtenu ce qu'il espérait : «je suis parvenu au pouvoir suprême, mais mon âme ne connaît pas le bonheur».

Saturday, July 11, 2020

L’humilité : chez les Saints Silouane et Sophrony.
Mère Mariam Zacca.


Mère Mariam Zacca, Higoumène
 du monastère
Saint Jean-Baptiste. Douma. Liban.
Abba Antoine (saint Antoine le Grand) a dit : « J'ai vu tous les filets de l'Ennemi éten­dus sur la terre et je me disais en gémissant:"Qui pourrait passer au travers ?". J'enten­dis une voix qui me disait: "L'humilité" ».
Le Seigneur a dit dans son Évangile: «Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau. C'est moi qui vous soulagerai. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école; je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du soulagement pour votre être, car mon joug est agréable et mon fardeau est léger.» (Matthieu 11, 28-30)
C'est ce que notre Dieu Sauveur fait: «Il se mit alors à invectiver les villes où il avait fait la plupart de ses miracles; parce qu'elles n'avaient pas fut pénitence.» (Matthieu 11,20)
«Mais le Seigneur eut pitié de moi et m'enseigna lui-même comment il faut s'humilier : "Tiens ton esprit en enfer, et ne désespère pas." C'est ainsi qu'on triomphe des ennemis. Ainsi l'âme connaît par expérience les ravages causés par l'orgueil...» (Starets Silouane, p. 279). «C'est l'âme malade et orgueilleuse; mais l'âme en bonne santé aime l'humilité, comme le Saint-Esprit le lui a ap­pris, et si elle ne connaît pas encore cette humilité, elle s'estime pire que tous.» (Sta­rets Silouane, p. 280).

Saturday, September 21, 2019

L'amour des ennemis chez Saint Silouane.
Jean-Claude Larchet.

Fresque de Saint Silouane l'Athonite.
Monastère Saint Jean-Baptiste, Liban. 
L'amour des ennemis chez Saint Silouane implique non seulement que l'on supporte les afflictions que ceux-ci nous font endurer, mais encore qu'on les supporte avec joie à cause de Dieu. Il implique corrélativement que l'on remercie Dieu de toutes ces afflictions: elles contribuent en effet, nous l'avons vu, à notre progrès spirituel, et doivent à cet égard être reçues comme un don providentiel, de Dieu qui a en vue notre salut.
L'amour des ennemis implique aussi que l'on garde, face aux violences que l'on subit, la paix de l'âme et du corps, autrement dit, comme nous l'avons noté précédemment, que non seulement on ne s'irrite pas en retour, mais que l'on reste sans trouble .
Le Starets recommande aussi, non seulement de ne pas accuser nos ennemis, mais encore de ne pas penser de mal d'eux et même de ne pas les juger du tout. Plutôt que d'accuser les autres, il convient de se sentir soi-même coupable.
L'amour des ennemis suppose bien entendu, pour le Starets, qu'on leur pardonne leurs offenses et que l'on prie pour eux. Néanmoins le pardon n'est pas encore l'amour, et la prière peut précéder l'amour et n'en être pas encore une manifestation : « Lorsque j'étais encore dans le monde», confesse saint Silouane, «j'aimais de bon cœur pardonner; je pardonnais facilement et je priais volontiers pour ceux qui m'avaient offensé; mais quand je vins au monastère, alors que j'étais encore novice, je reçus une grande grâce et elle m'apprit à aimer mes ennemis».