Saturday, April 15, 2023

Une Lumière Pascale.
Saint Sophrony l'Athonite.



Saint Sophrony
célébrant Pâques.

Voici qu'un Grand Samedi - ce devait être en 1924 -, la Lumière me visita après que j'eus communié. Je la perçus comme une touche de l'éternité divine sur mon esprit. Douce, remplie de paix et d'amour, la Lumière demeura avec moi pendant trois jours. Elle dissipa les ténèbres du néant, qui se dressaient devant moi. Je ressuscitai et, en moi et avec moi, le monde entier était ressuscité.

Les paroles de Jean Chrysostome lues à la fin des matines de Pâques résonnèrent avec une force saisissante: «Le Christ est ressuscité et il n'y a plus aucun mort dans les tombeaux.»

Jusqu'alors j'étais écrasé par le spectacle de la mort universelle, mais, à ce moment, je revins à la vie. Oui, mon âme ressuscita; désormais, je ne voyais plus personne dans la mort ... Si notre Dieu est tel, alors il faut au plus vite tout abandonner et ne chercher que l'union avec Lui.

Arrivé au terme de ma vie, je me suis résolu à parler à mes frères de choses que je ne me serais pas hasardé à divulguer aupa­ravant, estimant que c'eût été faire preuve d'un regrettable manque de pudeur. Cependant, tout insignifiant que je sois à tous points de vue, les faits restent les faits: Dieu le Père m'a témoigné sa bienveillance comme, d'une manière générale, Il la témoigne à tous ceux qui ont le cœur broyé (voir Ps 50, 19). Lui, le Père, m'a attiré vers son Fils bien-aimé, et le Fils m'a relevé de ma pitoyable chute (voir In 6,37-40; 44-47). L'Esprit saint qui procède du Père m'a donné de vivre le «grand mystère de la piété: Dieu a été manifesté dans la chair, justifié dans l'Esprit» (1 Tm 3,16).

Je sais aujourd'hui que les états que j'ai vécus auraient été exclus en l'absence d'une telle foi. Cependant, la foi est possible même avec une expérience encore insuffisante; par la suite, elle se développe en raison de la grâce qui se répand sur l'homme. Je témoigne que lorsque nous éprouvons une violente aversion contre nous-mêmes en nous voyant tels que nous sommes et que tout notre être se transforme en une prière adressée au Christ - prière qui arrache notre esprit à l'étau acéré des passions ct de la matière -, alors le sentiment de l'éternité divine devient si fort en nous qu'aucune logique ni aucune psychanalyse ne pourraient en ébranler l'évidence.

Pourquoi mentionner la logique et la psychanalyse? Parce que la première ne permet pas de croire qu'un homme historique que l'on peut voir et toucher (voir l In L, 1), que l'on peut faire mourir en le suspendant sur une croix comme un criminel, soit le Créateur de tout ce vaste univers. Quant à la seconde, elle cherche à nous persuader de la nécessité de ne pas nous fier à nos propres expériences. Mais comme le disait le starets Silouane, une telle Lumière, un tel amour, une telle force de vie et une telle sagesse ne peuvent provenir que de la véritable Source de tout ce qui existe.

Le starets Silouane était un homme exceptionnellement doué; bien que je sois d'une pitoyable médiocrité dans tous les domaines, je peux quand même, moi aussi, d'une certaine manière, juger de ce qui est accessible à l'esprit humain ainsi qu'à notre pensée et à notre psychisme.

Peu de temps après que le Christ lui fut apparu, l'apôtre Paul se retira dans le désert d'Arabie (voir Ga L, 16). Là, dans l'élan d'un brûlant repentir pour son passé, il fut gratifié de nombreuses et grandes révélations, entre autres de l'assurance que Jésus-Christ est Dieu. Je ne cherche pas de preuves logiques venant d'en bas, mais - dans les pleurs d'un repentir allant au-delà de mes forces et me consumant de sa flamme - j'ai acquis la même conviction : Lui, le Christ, est le fait suprême, primordial de l’Être. Le caractère de mon repentir excluait radicalement toute possibilité d'«imaginer» que le Dieu sans commencement puisse se montrer si proche et si agissant avec moi. J'ai vécu des moments où je comprenais com­ment les mystères divins ont été révélés aux prophètes, aux apôtres et à nos Pères. La Lumière qui me visitait est la Lumière du «Royaume qui n'est pas de ce monde» (voir [n 18, 36) et dont le Christ a dit qu'Il était roi.

Qu'arrive-t-il en réalité? Comment s'expliquent des évé­nements de ce genre? Notre esprit est introduit dans la sphère de ce Royaume. Alors, toute pensée discursive s'arrête: nous vivons un mode d'existence nouveau pour nous. Une expérience nous est donnée, celle d'être: je suis.!!.

 

 

Référence :

Voir Dieu tel qu’Il Est. Archimandrite Sophrony. Sel de la terre. 2004.